Des voeux passés, présents et à venir ( Roméo de Clisson)

 

Depuis deux jours avait commencé le mois des voeux. Les voeux étaient liés au nouvel An, une tradition qui remontait à Babylone, deux mille ans avant Jésus- Christ. A l’origine, cette fête avait lieu au printemps pour « honorer le dieu Mardouk qui protégeait les récoltes ». La saison du printemps me semblait plus propice à célébrer une nouvelle année. Nous devions ce regrettable changement à Jules César en 46 avant Jésus- Christ. La nouvelle année commencerait le premier Janvier, César l’avait décidé.

Au Moyen-Age, cette tradition fut déplacée selon le désir de chaque peuple. Les Anglais fêtaient le nouvel An en mars, les Français, le dimanche de Pâques, les Italiens, à Noël. Les Russes et les Slaves avaient deux jours de l’An, le premier janvier et les treize et quatorze janvier, le « Nouvel An ancien ». Le Nouvel An fut même fêté un premier septembre, célébrant la fin des travaux agricoles.

Pierre Le Grand décréta le 19 décembre 1699 que le Nouvel An serait dès lors fêté le premier Janvier.

Je profitais de ce temps pour accomplir le bilan de mon année écoulée et définir mes objectifs pour l’année à venir. Ce temps était également marqué par l’habituelle formule de voeux que j’adressais à mes proches et que je recevais de ceux-ci ou de connaissances plus éloignées. A la formule habituelle, « Bonne et heureuse année », je cherchais à personnaliser mes voeux en fonction de mes destinaires. Il était question de bonheur, de santé, de réussite avec des mots plus précis. Le bonheur, la santé, la réussite pouvaient être vagues. Ces souhaits apparaissaient comme un regain d’énergie, une renaissance. Quitter le vieil habit, ce qui s’était brisé, ce qui avait échoué, ce qui avait été douloureux, pour revêtir le nouvel habit de lumière. Chaque premier de l’An était l’occasion de croire que tout irait mieux à présent, que je ne ferais pas les mêmes erreurs, que je tirerais un enseignement de mes erreurs, que je choisirais, cette fois-ci, de bons objectifs et que je m’y tiendrais pour réussir. Chaque premier de l’An était une nouvelle chance qui m’était offerte pour être heureux.

Il me restait à définir chaque mot. Qu’est-ce que j’entendais par « bonheur », « santé », « réussite », « erreur », « tromper », « briser », « quitter », « revêtir », « enseignement », « vieil habit », « habit neuf »… ? Me suffisait-il de changer d’habit pour changer ? Cela pouvait m’aider. M’aimer, prendre soin de moi pour être en capacité d’aimer les autres et prendre soin d’eux. La réussite était peut-être là.

Je regardais Roméo assis sur un banc, au bord de la Sèvre, dans un jardin italien à Clisson. Un jardin reconstitué de toutes pièces. Un jardin antique, romantique, d’un calme érotique. Une rose effleurée. Juliette avait disparu de ce banc.

Roméo avait dégringolé depuis quelques années. L’arbre du jardin lui avait pourtant offert de belles branches auxquelles s’accrocher pour l’aider à s’élever. Les avaient-ils trop vite quitter pour un autre arbre qui lui semblait plus intéressant, plus beau, plus fécond, plus robuste, plus grand, plus moderne ? Avait-il voulu trop vite tout oublier de sa vie afin de renaître à une nouvelle vie? Le Nouvel An lui avait-il tourné à ce point la tête ?

Roméo détournait à cet instant la tête, et, regardait, derrière lui, tout ce chemin parcouru. Il vit que ce chemin était beau et qu’il ne regrettait rien de ce chemin, qu’il avait vécu ce qu’il avait à y vivre, qu’un jour, il comprendrait, le secret du bonheur.

Un moulin et une guitare, sur l’autre rive, l’attendaient.

Thierry Rousse,

Nantes,

Samedi 2 janvier 2020

« A la quête du bonheur ».

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