Une vie encyclopédique si belle

 

Un mot en remplaçait un autre. Le mot de ce début d’année n’était plus « masque » mais « vaccin ». Produire, acheminer, administrer le vaccin. Les reproches fusaient. Que faisaient le Grand Chef et les Chefs? A croire que tout le monde aspirait à ce vaccin. En finir une bonne fois pour toutes de cette guerre. En sortir vacciné ou ne pas en sortir. Avions-nous encore le choix ?

Vaccin: « Substance d’origine microbienne qui, inoculée à une personne ou à un animal, lui confère l’immunité contre une maladie ».

Ce vaccin serait notre bouclier invincible contre la vilaine sorcière. Un mot parmi les trente huit mille mots de mon Mini dictionnaire Larousse. Des mots à apprendre, des mots à savoir. Je préparais ma nouvelle mission: animateur dans les écoles au sein des Ateliers Apprentis Lecteurs. Quelle belle mission, transmettre le goût de la lecture aux enfants ! Les écrits avaient encore une vie. Je me plongeais dans « Ma première encyclopédie Larousse ». Premiers regards sur le monde, premières connaissances. Un ouvrage qui répondait à toutes nos questions d’enfants, de la naissance aux étoiles. Pour faire un bébé, il fallait un homme et une femme. L’amour n’était pas cité. Il était supposé, je supposais. L’enfant vivait neuf mois dans le ventre de sa maman. Il s’en passait des aventures pendant neuf mois. Plus rien ne semblait secret. Une drôle de caméra avait tout filmé. Le bébé naissait d’une rencontre, celle d’un spermatozoïde et d’un ovule. Exprimée ainsi, la vie n’avait rien de romantique. Une probabilité, un hasard, un phénomène biologique. Un oeuf se formait et se divisait en deux, puis quatre, puis huit, puis seize cellules,…. Le bébé était le fruit de cette multiplication de cellules, un résultat purement mathématique. A deux mois, il ressemblait déjà à un petit être humain. Son coeur battait. On le nommait « embryon », étrange prénom. A trois mois, il mesurait sept centimètres, et nous pouvions à présent connaître son sexe. Fille ou garçon?  » Qu’attendais-tu ? Tu es déçu? Tu es ravi? ». Au quatrième mois, on pouvait voir ses doigts s’agiter. « Coucou, je suis là ! » La maman souriait. « Je suis deux maintenant ». Au cinquième mois, le bébé jouait au judo ou au football dans le ventre de sa maman. Ses cheveux poussaient et il suçait son pouce, peut-être pour occuper son temps. « Quand est-ce que je sors de là ? Y’en a marre d’être confiné ! « . Au sixième mois, il pesait un kilo. Un beau bébé sur la balance du bonheur. Il découvrait toutes sortes de goûts en avalant le liquide amniotique qui lui tenait compagnie. Aux septième et huitième mois, il avait tellement grossi qu’il pouvait à peine nager dans sa mer. L’aquarium était devenu trop petit. Il était vraiment temps d’en sortir. Qu’y avait-il de l’autre côté? « Neuf mois, je suis près! J’ai hâte de découvrir votre monde ! ». La maman avait beaucoup lu sur le sujet, s’était inquiétée sans doute. « Tu accoucheras dans la douleur ». Stupide, cet Ancien Testament ! Fallait-il absolument passer par la souffrance pour donner la vie? Le bébé criait-il de joie, ou, de peur? La maman le serrait contre son sein. Le médecin coupait le cordon ombilical. Tout commençait pour cet enfant, grandir dans le monde des grands. Quel monde lui avions-nous préparé ? Tout était-il bien rangé, propre, chaque chose à sa place? Tout était-il vie, envie, désir ? Tout était-il beauté, douceur? Tout était-il tendresse ? Où était le papa? Ma première encyclopédie se terminait par « Les hommes dans l’espace ». Six fois déjà, des astronautes étaient allés sur La Lune. Qu’y cherchaient-ils ? Une autre Terre ? Vivre en apesanteur? Flotter, blottis dans le ventre d’une Mère Univers ? Ils emportaient leur oxygène, dans leur combinaison scaphandre. Confinés. Confinés dans l’infiniment grand de l’espace, pendant que sur Terre, les Capulet et Montaigu s’affrontaient.

Je rêvais d’une autre vie pour le bébé où les étoiles se rencontraient et s’aimaient.

Fragile, un amour fragile qui m’invitait à en prendre soin à chaque souffle.

Inspirer. Expirer.

La Vie.

Si mystérieuse.

Un « Refuge ».

J’écoutais le nouvel album de Jean-Louis Aubert.

Des chansons si belles.

« Va où ton coeur te dit » (*)

Je me retrouvais le coeur sur La Lune, bercé de songes. Tout était prêt. Je pouvais enfin sortir, montrer mon nez à la vie. M’envoler jusqu’à toi.

Thierry Rousse,

Nantes,

Mardi 5 janvier 2021

« A la quête du bonheur »

(*) Jean-Louis Aubert

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