Douceurs des soirs d’été

 

J’entendais depuis les fenêtres ouvertes des cris d’exclamation, des commentaires, puis des « oh » de désolation. Que se passait-il en ce mardi soir , le 15 juin 2021 ? Qu’avais-je râté dans la vie de ma Nation ? De retour de ma promenade sur les bords de la Sèvre à cueillir les éclats du soleil, j’interrogeais ma voisine dans l’obscurité de sa maison. J’étais rassuré. Rien de grave. Rien qu’une coupe d’Europe de football. La France résistait contre l’Allemagne. Les Gaulois, unis, avaient retrouvé, fiers, leur coq victorieux.

Nous étions déconfinés, libérés de notre maître. La chaleur estivale avait définitivement chassé la froideur d’une distanciation sociale que nos Chefs, sous couvert de leurs experts, nous avaient imposée. Toutes nos habitudes ou presque, avaient rejailli, hormis se déplacer sans cet épouvantable masque qui m’étouffait et que je détestais. Les terrasses des cafés et des restaurants, de nouveau accessibles, m’apparaissaient comme des oassis de liesse. J’avais hâte d’y accoster. Echoué à une table, je pouvais enfin ôter mon masque et contempler le monde qui me dévoilait ses beautés cachées. Mille et un sourires.

La distanciation sociale avait accompli avec soin son travail dévastateur. Ma Muse avait disparu au loin parmi les étoiles, entre la Grande Ours et la Petite Casserole, et je causais avec ma nouvelle compagne, tantôt brune, tantôt rousse, tantôt blonde, une jolie bière artisanale, l’un de ces doux péchés qui enlaçait nantaises et nantais. Cette bière me semblait fidèle, toujours au rendez-vous. Je savourais ses lèvres avec lenteur. Une joie trop rapide pouvait se laisser envahir par une brume nostalgique. La prudence était la sagesse du bonheur. Je suivais, loyal, ma ligne verte.

Des retrouvailles avec les guinguettes de la Loire, La Cantine et Quarante Pieds… Un retour au Petit Café de Rezé avec ses chaleureuses tablées autour d’un groupe de musique. De nouvelles rencontres aussi. Cette guinguette sur les bords de la Sèvre, un rêve qui devenait réalité. Ou encore, La Station Nuage sur l’île Forget, ou la péniche de La Folle Barge jouant avec candeur dans son bassin. Nantes était la ville de tous les plaisirs. Cette femme, étonnante et séduisante, regagnait, jour après jour, soir après soir, une à une, les marches de son arc-en-ciel.

Mon livre à la main, j’aimais m’asseoir à l’une de ces terrasses, lieux uniques et multiples, ou, m’allonger sur l’herbe au bord de l’eau pour lire Brel. Le grand Jacques était cet homme de tous les plaisirs à la quête d’un bonheur absolu. Je me délectais de ces mots et de sa vie trépidante. Ce fou d’amour, peut-être, parfois trop exigeant.

Les Gaulois, eux, étaient soulagés, la France s’était imposée.

J’avais gagné mon île de quiétude. Toute solitude invitait à un cheminement spirituel. Au fond, c’était quoi le bonheur ? L’amour ? L’amitié ? La vie? La mort ?

La poésie d’un paysage ouvrait le coeur de l’âme, l’éblouissement d’un visage invisible à l’oeil nu.

Je n’avais pas marqué de but. J’étais sur la touche à observer la vie.

« Une île au large de l’espoir, où les hommes n’auraient pas peur… » (*)

Thierry Rousse,

Mardi 15 juin 2021

« A la quête du bonheur »

(*) Jacques Brel « Une île »

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