Impressions d’été

Une vie parmi des milliards

Ôte à la musique

Toutes ses origines qui ne sont pas d’ici

Que te reste-t-il

Réduis la culture à un Puy du Fou

Et tombe dans son puits

D’histoires et de guerres

De conquêtes et de pouvoirs

D’oppressions bénies

Sous les faveurs d’une religion complice

Prône une France nationale

Traverse-la en diagonale

Pars à la quête de ta généalogie

Renierais-tu tes ancêtres

Ta famille

De l’autre côté des frontières

Remonte le cours du temps

Souffrirais-tu de l’oubli

Pousserais-tu jusqu’ici le vice

T’accaparer une terre qui n’est pas tienne

Déjà ta bouche tu musèles

Tu parles des orages dans le ciel

Et puis c’est tout

Même la fête des sons libérés

Se couvrent d’épais nuages

Le soleil et le ciel bleu d’été

Tout juste revenus

Sont subitement chassés

Par un vent de rafales polaires

Prédiction des sages

Il pleut des grenouilles

A travers les rues en pleurs

Mange ton plat de nouilles

Un arbre est tombé

Se languit de douleur

Sur les marches d’un opéra monumental

Temple des prélats

La nature pousse son ultime cri d’alerte

Fêlée

A l’éclair qui nous attend

Au-dessus de nos têtes

La menace du serpent

Serons-nous de nouveau

Les yeux clos

Collaborateurs du pire

Les instruments

Les voix et les corps

Se raréfient

Place aux DJ

Les rythmes virtuels

Rempliront cette nuit nos ciels

Cadences envoûtantes

Sommes-nous prêts pour la danse

Dans quel bistrot je poserai mes pieds

Pour t’écrire ces mots

Lire le journal de l’humanité

Et son flot de réalités

Dix neuf heures

Et c’est déjà l’heure de l’apéro

Et déjà l’atmosphère est sombre et glaciale

Et déjà ma joie est retombée

Et mon envie déjà est de rentrer

La police sillonne la ville

Encercle l’île

Elle me dit

Vos pensées

Je les range à l’établi

La perle se cache dans son huître

Le chat miaule sur les toits

Il y a le même élan de toi à moi

Nous inventer des personnages

Le long de souterrains secrets

Notre langage est fait de petits riens

Les seins des filles y sont jolis

Et les regards des garçons aussi

Les genres sont travestis

Ils pimentent cette vie

Vingt ans

A quoi aspirons-nous jeunesse

Aller jusqu’au bout de notre liesse

Nous débarrasser de toutes nos laisses

Vieux monde qui s’écroule sous ses contradictions

Que naîtra des oppositions

Je fais juste une supposition

La meilleure pour vivre encore

Avec le monde en accord

Redonne à la musique

Toutes ses origines qui ne sont pas d’ici

Joue DJ

La grandeur de l’univers

Les racines de la terre

Jusqu’à Place Royale

Mère Gaïa est notre reine

Descends rue de la Fosse

Glisse-toi dans le frémissement des os

Ravive la mémoire des oublié.es

L’esprit chante

Lost road

Les groupes se reforment

Jouent fort pour tenir tête à la tempête

Dans le quartier des armateurs

Tant pis pour les oreilles

Les pavés se colorent de pieds

De toutes les couleurs

Le ciel pleure de joie

Impressions d’été

Quelques mots griffonnés

Dans la rue

On danse la ferveur du Mexique

Dans la rue

On lève les poings bien haut

On ne veut pas du fascisme

On veut juste de la musique

Thierry Rousse
Nantes, vendredi 21 juin 2024
"Une vie parmi des milliards"

Les yeux sur ton écran

Une vie parmi des milliards

T’as les yeux sur ton écran d’ordinateur

Et tu m’demandes d’évaluer ma douleur

De un à dix pour voir jusqu’où je sais compter

Je te fais si peur que tu n’oses m’approcher

Ni me regarder ou simplement m’ausculter

Es-tu si fatigué que tu n’peux te lever

T’as les yeux sur ton écran d’ordinateur

Tu veux que j’te dise d’où vient ma douleur

D’accord c’est à moi alors d’être le savant

J’peux juste te décrire ce que je ressens

Pour trouver la cause c’est toi le médecin

A moins que je ne sois un puissant devin

T’as les yeux sur ton écran d’ordinateur

C’est ainsi qu’on t’apprend à être guérisseur

Es-tu au-moins touché par ma vive douleur

Est-ce qu’on t’apprend encore à avoir du coeur

Ou à t’protéger sous un discours formaté

Tes distances veille à bien les conserver

T’as les yeux sur ton écran d’ordinateur

Et tu m’parles de ton savoir avec froideur

Penche-toi tout simplement observe mes dents

Plutôt qu’les marteler comme un mur de ciment

Plutôt qu’vouloir me prouver que je n’ai rien

Qu’je suis qu’un fabulateur comédien

T’as les yeux sur ton écran d’ordinateur

Assis tu me juges de toute ta hauteur

Sur cette radio tu n’vois aucune cause

De ma douleur tu vas pouvoir prendre ta pause

T’ es soulagé ton ordinateur a parlé

J’repars aussi souffrant que j’suis arrivé

T’as les yeux sur ton écran d’ordinateur

Et tu rêves sur ton île d’être ailleurs

Tiens-tu ce discours à tous tes patients

A trop vous voir j’vous trouve vraiment patients

A trop être pressé dicté par le système

Tu sais plus au fond si ton métier tu l’aimes

T’as les yeux sur ton écran d’ordinateur

Et tu m’demandes d’évaluer ma douleur

Ma douleur de jour en nuit s’approfondit

D’un monde bancal avec si peu d’empathie

Dans ce labyrinthe médical je survis

J’voudrais tant rencontrer l’ange qui me sourit

T’as les yeux sur ton écran d’ordinateur

Et gît devant toi la cause de ma douleur

Thierry Rousse
Nantes, jeudi 20 juin 2024
"Une vie parmi des milliards"

L’inattendu Front d’Amour

Une vie parmi des milliards

Que pouvions-nous attendre du cow-boy solitaire

Parcourant le nouveau monde

A la quête de sensations d’ivresse

A l’affût de filles

De sexe

Et de petits boulots

Juste pour vagabonder

S’enivrer

Prendre du plaisir

Et se perdre

D’une expérience à une autre

Que pouvions-nous attendre de ce cow-boy errant

Qu’il veuille soudain donner

Un véritable sens à son existence

Dans un sursaut de conscience

Dans le ressac

Des vagues de sa mélancolie

Fuyant l’agitation des villes

La lourde pesanteur des temps

Un beau matin

Au sommet des montagnes

Jack Kerouac était parti

Garder les arbres

Prévenir des incendies

Se serait-il converti

A l’infini des cimes

Quel ange l’avait surpris

A s’éblouir ainsi de la vie

Quel ours avait-il trouvé comme ami

Dans la forêt d’une éclaircie

Enfin

Au bout de sa route

Tu avais trouvé son récit salvateur

Seul au-dessus des montagnes (1)

L’appel du grand air t’avait réconcilié avec ce cow-boy maudit

Son journal à la main

Tu proclamais au milieu des places publiques

Qui n’a jamais échoué

Et d’un regard

S’est élevé à la beauté

A la splendeur des paysages

Qui n’a jamais tout rejeté

S’est proclamé athée

Seul dans l’univers

A se dépatouiller de son éphémère corps

Pur fruit du hasard

Qui ne s’est jamais interrogé sur l’origine de l’univers

Sur ce qu’il y avait après et avant

Le mystère de tout ce présent

Et s’est découvert une nuit croyant

Quelle âme possède encore une conscience

Pour s’en servir et réfléchir

En ces temps d’intelligence artificielle

Mon cow-boy n’avait pas dit son dernier mot

Le peuple des cowboys égarés

Peut-être en ce début d’été

Prendrait le chemin de son prophète

Avec un gros coeur dans la tête

Le front des consciences

Vaincrait de l’amour sa vacance

Le journal L’humanité ce lundi (2)

Dévoilait son programme

D’une union retrouvée

L’inattendu se pointait à l’aube estivale

Quand sur le bleu d’azur

Se couvrait l’épaisseur d’une menace brumeuse

Le bonheur était à portée d’urne ou presque

Leurs intentions étaient porteuses d’espoir

Comme autant de fleurs rejaillissant des ruines des guerres dévastatrices

Désolation dans laquelle nous avait plongés notre cher Napoléon

Le Front Populaire annonçait ses promesses

Retourner au droit à la retraite à soixante ans

Stopper le démantèlement de l’assurance chômage

Revenir à la semaine de trente cinq heures

Et trente deux heures pour les métiers pénibles ou de nuit

Revaloriser l’allocation pour le logement

Construire deux cent mille logements publics par an

Plafonner les loyers

Faciliter l’accès au logement pour toustes celleux qui ne disposaient pas de garant

Réduire les effectifs en classe à moins de dix neuf élèves

Créer une école véritablement inclusive et gratuite

Titulariser les accompagnant.es d’élèves en situation de handicap

Mettre en place une allocation d’autonomie dès l’âge de dix huit ans pour les foyers et les étudiant.es sous le seuil de pauvreté

Recruter des professionnel.les du soin et du paramédical

Revaloriser les métiers et les salaires

Rétablir les permanences de soins dans les centres de santé

Remettre l’écologie au coeur des politiques publiques

Protéger les zones naturelles

Reconnaître le crime d’écocide

Fonder un tribunal de justice climatique

Cesser le financement des banques soutenant l’exploitation des énergies fossiles

Permettre aux personnes demandeuses d’asile de travailler, d’être accompagnées, de se loger et de s’intégrer

Faciliter l’accès aux visas

Lutter contre toute forme de racisme, d’antisémitisme et d’islamophobie

Stopper la répression policière

Réintroduire la police de proximité

Inventer une police qui protège

Promouvoir le vivre ensemble

Favoriser la paix dans le monde

Cesser de vendre des armes

Lever les brevets sur les vaccins

Exiger le cessez-le-feu immédiat à Gaza

Reconnaître l’Etat de Palestine aux côtés de l’Etat d’Israël

Faire respecter l’ordonnance de la cour internationale de justice

Tout ça donnait vraiment envie

Te rallier au Front Populaire

Leur donner ta voix

Respirer

Sur les bords de la Loire

Retrouver la douce vie

Belle et tendre

L’âme en toi

Qui savait

Accueillir

Partager

Cultiver

Danser

Chanter

Créer

Protéger

Soigner

Encourager

S’élever

Jusqu’à la cime des immenses montagnes

Partout

C’est dans la générosité qu’on gagne

A être soi

Et bien plus

L’inattendu Front d’Amour

Qui n’a que faire du pouvoir

Juste

Aimer

Juste

T’aimer

Thierry Rousse
Nantes, mardi 18 juin 2024
"Une vie parmi des milliards"
(1) Jack Kerouac, "Seul au sommet d'une montagne" in "Le vagabond solitaire", Folio Gallimard
(2) Journal L'Humanité du 17 juin 2024

O les beaux jours à deux

Une vie parmi des milliards

Les nuages couvraient nos yeux

La pluie s’installait bel et bien

Rivale du soleil

Qui des deux gagnerait

En ce mois de juin où l’on espérait enfin l’été

Nous guettions la suspension des gouttes

La moindre ouverture du ciel

La brèche qui laisserait passer un rayon arc-en-ciel

O les beaux jours

On avait hâte de franchir le pont

Laisser tomber nos égos

Et nous unir dans un front poétique

Retrouver le vrai sens de la politique

Comment organiser ensemble la cité

Faire en sorte que chacune y ait sa place

S’y épanouisse libre et heureuse

S’y sente protégée

Soignée

Nourrie

Soutenue

Utile

O les belles âmes

O les beaux jours

A deux

Nous voulions y croire

Toi et moi

Rester sous la couette

N’était pas la finalité d’une vie

Ni la déchéance accoudée au comptoir

Kerouac l’avait un temps compris

Retrouver la solitude au sommet des montagnes

Le face à face avec toi-même

T’allonger dans l’herbe

Regarder les nuages

Quelle chose t’est essentielle

Reprendre ta vie au tout début

Le coeur qui t’accueille

Être gardien des forêts

Apprendre à marcher

Te tenir debout et parler

Quelle parole est juste

Alignée à la terre

O les beaux jours

De jours et de nuits

Ne crée pas ce qui nuit

Partage ce qui luit

Étoiles d’amour

Équilibre sur un fil

Danse

Tu as quinze jours pour réinventer

L’humanité

A deux mains

Ouvertes

Thierry Rousse
Nantes, dimanche 16 juin 2024
"Une vie parmi des milliards"

Tombé du soleil

Une vie parmi des milliards

Tu tombes de soleil

Tu luttes entre deux sommeils

Pour rester éveillé

Sous un ciel aujourd’hui voilé

Tu demandes

Un café deux cafés

Et déjà

Trop de sons

Emplissent ta tête

Impossible d’entendre tes pensées

Pas vraiment le genre de musiques

Que tu désirais écouter

Là en ce début d’après-midi

Alors te contemple pensive

Ta page blanche

Ta douleur est vive

Encore cette foutue rage de dents

Elle ne veut plus te quitter

Elle t’a adopté sur sa liste des abonnés

Au bistrot du temps retrouvé

Elle perturbe tes idées

Tu ne manges plus de chocolats

Tu restes là

La vie est triste

Quand

Lui et elle

A cette table

A côté de la tienne se sont assis

Face à face

Les yeux dans les yeux

Elle s’était faite jolie pour lui

Il s’était fait lui pour elle

D’abord commander

Que choisir sur les cartes

Puis

De quoi parler

Du temps éboulé

De politique

De voyages

D’artifices échoués

Ou tout simplement de soi

Le sujet qu’on maîtrise sans doute le mieux

Que deviens-tu

Depuis toutes ces années

T’avais déjà écrit un truc là-dessus

Du genre écoulé

Je crois

Le temps avait viré

En une seconde

De l’été à l’automne

Il s’était empiré

Alors

Trinquer à la fin du monde

A la dissolution de l’Assemblée

Aux cris des ours polaires

Non

Prends pas ce ton monotone

Il se corrige

Il lui sourit

Elle

A plutôt bien réussi

Une maison

Et sans doute un mari

Un emploi fixe

Bien payé

Tu t’imagines

Les enfants

Le chien

La grosse voiture

Et la tortue

Lui

Lui sourit toujours

Elle aussi

Il

Plutôt évasif

Sur sa vie

Ça vacille

Un peu artiste à mi-temps

Il se recentre sur ses yeux

Les pupilles s’émoustillent

Les mots frétillent comme des anguilles

Ils ont tant de choses à se dire

Elle balance son pied sous la table

Jupe courte

Bas résille

Talons pointus

Presque à se frôler

Les verres contiennent tant de souvenirs ravivés

Alors

Faire du tri

Parler du meilleur de sa vie

Leur histoire leur appartient

Tu te défends de les écouter

Lire sur leurs lèvres les mots qui les unissent

Elle et lui

Un dernier verre de vin à la main

Un défilement de chansons

Entre Woodstock et Hellfest

Un ultime Muscadet

Et peut-être des regrets

N’arrivaient pas à se laisser

Un dernier baiser sur la terrasse

Lui et elle

Un trottoir de rires

D’au revoir

C’est drôle on va dans la même direction

Coïncidence

Connivence

Pure évidence

Semblable destination

Disparus

Tu tombes de soleil

A la Trinquette

Ta page blanche s’est noircie

De quelques lignes écrites

Entre deux vies

Face à toi-même

Les miroirs reflètent ta solitude

Tombée du soleil

Tu luttes entre deux sommeils

Pour rester éveillé

Tu regardes le monde défiler

S’arrêter et causer

Pause d’une vie

Instant fragile

Il pleut sur Nantes

Et le tramway t’attend

Sur la Butte Sainte-Anne

Une dizaine d’enfants

Tu leur donneras le goût du théâtre

En fait ils l’ont déjà

Le goût du théâtre

Tous à vouloir jouer

A vouloir s’évader

Ils ont bien compris

La grandeur d’une cage

Quel était le sens de la vie

Dans l’épuisette de leurs rêves

Un océan d’or

Sur le stade

Tu voudrais bien t’endormir

Tu tombes de soleil

Thierry Rousse
Nantes, vendredi 14 juin 2024
"Une vie parmi des milliards"

Cet oiseau bleu qui chante dans ma tête

Une vie parmi des milliards

Un nid

Un nid sur mon chemin

Mon être voit ce nid

Mon être tend les mains vers ce nid

Mon être ramasse ce nid

Mon être prend ce nid entre ses mains

Mon être embrasse ce nid dans le creux de ses mains

Qu’il est doux ce nid

Qu’il sent bon ce nid

Ce nid aux brindilles si parfaitement entrelacées

Si parfaitement

Parfaitement

D’où a-t-il pu bien chuter ce nid si parfait

Se demandent mes lèvres

Naturellement d’un arbre

Naturellement

Mais

Mais de quel arbre, a-t-il pu chuter ce nid si parfait

Mes yeux regardent vers le ciel

Mes yeux regardent tout autour de leur être vers le ciel infini

Aucune cime

Aucune branche

Aucun tronc

Qu’une plaine

Une vaste plaine déserte

Nue

Vide

Solitaire

Et, si silencieuse ma plaine

Ma tête pense soudain aux oiseaux

A tous les oiseaux

A tous ces innombrables oiseaux migrateurs, et plus particulièrement aux oiseaux migrateurs de mon nid, de mon nid, là, dans le creux de mes mains à cette heure

Ma tête s’interroge.

Où vont-ils se poser mes oiseaux

Elle s’écrie

Ma tête

Où vont-ils se retrouver mes oiseaux

Et leurs petits

Ma tête, sans leur nid, pour se nourrir, ma tête, où

Et grandir

Ma tête s’entretient avec mon coeur

Que faire quand tu n’as plus de maison où naître, grandir et mourir

C’est impensable

Se déclare impuissante ma raison

J’ai besoin d’une maison pour être, murmure mon coeur endormi

C’est alors qu’un mot s’échappe de ma tête et s’élance

Réfléchissons à une solution, à la solution

Tout mon être réfléchit

Tout mon être se réfléchit dans ses questions

Toutes mes pensées songent à mes oiseaux

Mes pensées regardent mon nid

Mes pensées imaginent qu’ils doivent le chercher depuis longtemps maintenant leur nid mes oiseaux, peut-être des jours, peut-être des nuits, mes oiseaux, peut-être

Mes oiseaux migrateurs

Ma raison tranche solennelle

Rendons ce nid à son arbre pour le rendre à ses oiseaux

Une solution est là

Nous avons trouvé la solution

S’exclame ma raison

Oui, mais à quel arbre rendre ce nid

A quel arbre est ce nid d’oiseaux migrateurs

Mon coeur se souvient, en un fragment d’éclair, de cet arbre, l’arbre au carrefour des cinq chemins de nos vies comme on l’appelait, le repère des éclaireurs, le repère des marcheurs, le repère, tout simplement, des amis pour la vie.

Comment retrouver cet arbre, ce carrefour, cette vie, mon arbre enfoui au fond de ma mémoire vertigineuse

Mes pieds marchent

Mes pieds marchent en direction de l’est

Là où le soleil se lève

Et mes yeux ne le voient pas

Et mes yeux ne le voient plus

Mes yeux marchent avec leur nid dans le creux de mes mains et mon coeur ne retrouve plus son arbre

C’était pourtant le plus haut de la forêt mon arbre

C’était pourtant le plus visible mon arbre

Il se voyait de très loin aux alentours mon arbre, de très loin, de très très loin aux alentours, mon arbre

Le chemin semble interminable pour mon corps épuisé

Les ampoules de mes pieds marchent et marchent avec leur nid dans le creux de mes yeux mi-clos

Mes oreilles entendent mes oiseaux chanter

Ils chantent si juste mes oiseaux

Un chant venu de l’océan

Des vagues de l’océan infini, leur chant

Mais savent-ils au-moins qu’ils n’ont plus de nid où naître, grandir et mourir, mes oiseaux, puisqu’il est là, leur nid, dans le creux de mes mains errantes

Mon espoir aperçoit à l’horizon sur mon chemin une barrière, une barrière sur mon chemin

Quelle est cette barrière ?

Il n’y a jamais eu de barrière ici sur ce chemin

Mon espoir s’en approche

Le sang afflue dans mes veines

Que se passe-t-il

Pourquoi mon coeur palpite

Pourquoi cette barrière en travers de mon chemin

Mon corps est maintenant face à ma barrière, mon nid entre mes mains

Il brille un soleil caniculaire

Mes mains transpirent

Mes yeux sont aveuglés par les rayons de mon soleil se reflétant sur la pancarte métallique blanche accrochée à ma barrière

Ma main droite porte mon nid, et ma main gauche protège mes yeux des rayons de mon soleil, parfaitement

Parfaitement

Ma raison lit ce qui est écrit, des lettres rouges peintes sur ma pancarte blanche :

“Interdit d’entrer

Zone dangereuse

Si vous pénétrez dans cette zone, tout accident est à vos risques et périls, vous êtes prévenu”

Prévenu, voici ma raison prévenue

Mes lettres rouges avertissent ma tête

Quelle décision prendre maintenant

Franchir ou ne pas franchir ma barrière

Elle n’est pas si infranchissable que cela ma barrière et je pourrais bien l’escalader et passer au-dessus sans trop me faire de mal, à peine une égratignure au genou, à peine.

Non, ce n’est pas cette barrière ridicule qui empêchera mon corps de poursuivre son chemin

Non, c’est bien plus, ce sont ces mots, oui, ces mots écrits en lettres rouges, oui, ces mots que ma tête a appris à lire, à comprendre? qui empêchent à mon corps de poursuivre son chemin

Qui a pu écrire ces mots

Qui a pu penser ces mots avant de les écrire

Et dans quelle intention

Et quelle réalité peut affirmer de telles pensées

Mes yeux ont besoin de connaitre la vérité, toute la vérité, savoir si ces mots sont justifiés ou ne sont qu’un obstacle à ma liberté d’avancer

Mon corps est devant ma barrière avec mon nid qui commence à se fondre, se confondre avec mes mains fragiles, et là, dans une brisure de seconde, c’est toute mon adolescence qui grandit sur une ligne de mes yeux

Je me souviens de ces dimanche où, seul, je parcourais la forêt

Je grimpais des barrières bien plus hautes que celle-ci pour pénétrer dans la zone interdite, la zone militaire, haute sécurité

Il y avait cette curiosité qui me poussait, et, en même temps, cette peur au ventre qui me tiraillait. Avec émerveillement, je découvrais ce fabuleux camp d’entrainement, un vrai terrain de jeux pour adolescents, avec ces cabanes en bois, ces tas de sable, ces fossés creusés, ces tyroliennes, ces rails, ces wagons, ces tours, ces barbelés, ces cartouches vides répandues, ces restes de bûches calcinées, ces morceaux de briques cassées, ces boites de conserves brûlées, cet opinel, et, et, cet harmonica, cet harmonica

Avec ces marionnettes improvisées, mon imagination fabriquait des aventures extraordinaires

Elle voyait des camarades soldats se rassemblant pour manger, boire, chanter, se raconter leurs souvenirs de guerre, se montrer leurs blessures, à celui qui aurait la plus belle cicatrice, et cetera, et cetera

Ce paysage était tout simplement formidable, il valait tous les parcs d’attraction du monde et il était gratuit, entièrement gratuit, offert généreusement par l’humanité depuis des siècles et des siècles

Puis, quand tombaient les étoiles, mon imagination devait sauter la barrière pour rejoindre, de l’autre côté, la réalité

Elle ne pensait qu’à une chose, une unique chose, mon imagination, le dimanche où elle pourrait retourner, de nouveau, en ce lieu défendu

C’était le but de ma semaine sur les bancs usés de mon lycée

De nouvelles pensées, de nouvelles images faisaient bondir mon corps, ce jour où je découvrirais enfin de vrais militaires bien virils en train de se tirer dessus, s’égorger, s’éventrer

Alors j’aurai peur, tellement peur d’être repéré, arrêté, interrompu dans mon élan fou, peur de me retrouver au cachot humilié, interrogé, giflé, battu

Je ferai tout pour fuir, m’enfuir, ne pas être vu, creuser un tunnel, un long tunnel avec mes ongles sous la terre, comme dans « La grande évasion », comme dans « La grande évasion » où je serais le héros de ma vie

A cette époque, j’avais l’audace de franchir toutes les barrières, même les plus dangereuses

À cette époque, j’étais un étudiant, un étudiant fougueux, audacieux, révolté, à cette époque

Je regarde mon nid longuement puis ma barrière, mon nid, ma barrière, mon

Non, je ne peux pas

Non, je ne peux plus franchir cette barrière

Oui, je suis un adulte

Non, je n’ai plus d’excuse

Oui, je suis entièrement responsable de mes actes

Oui, je sais lire maintenant

Oui, j’ai appris à lire

Oui, j’ai appris à lire et comprendre ces mots de la vie: « Interdit » « Interdit d’entrer »

C’est écrit en lettres rouges sur ma pancarte

Cet interdit justifie le renoncement à mon entreprise, me justifie

Je suis responsable et libre, responsable et

Je pense à mes oiseaux qui chantent

Que chantent-ils mes oiseaux

Un vol sans contrainte dans le ciel bleu infini, ou, l’appel désespéré de leur nid perdu, mes oiseaux

Ce cri résonne dans mon coeur déchiré

Oui, je dois franchir ma barrière, non pas pour moi, mais pour eux, oui, rien que pour eux, tout particulièrement pour eux, car ils ont besoin de leur nid mes oiseaux, mes petits oiseaux chanteurs

Ma stratégie s’organise

Petit un : Le ciel est beau. Mes êtres migrateurs volent libres et heureux.

Petit deux : Quand pointera la lune, quand elle retentira l’heure de rentrer quelque part, si ce quelque part n’est pas, où iront-ils mes oiseaux

Petit trois : Pourront-ils toute leur vie rester suspendus dans le vide mes oiseaux

Petit quatre : A votre avis, existe-t-il quelque part dans cet air un nid

Petit cinq : Impossible, impossible

Petit six : Je me dis que mes oiseaux finiront par tomber et mourir d’épuisement

Petit sept : Puis-je abandonner mes amis dans le ciel bleu infini

Petit huit : Mon devoir est de les sauver mes amis sans abri

Petit neuf : ma raison résonne

Ma tête ne veut pas être responsable de la mort de mes amis, sentir leurs ailes brisées et leur sang couler sur ses mains lâches et responsables

Petit onze : lâches et coupables

Petit douze : Mes pieds sautent ma barrière. Mon corps transgresse l’interdit. Mon être est maintenant en situation illicite, en situation d’arrestation. Quelle peine, quel accident peut-il arriver à mon corps

Petit treize : Je m’enfonce nu avec mon nid au fond de la zone défendue

Le chemin parait soudain plus long

Je ralentis mes pas

J’observe tout autour de mes yeux

Rien d’anormal

Il me semble

Mes oreilles sont attentives au moindre bruit

Moindre mouvement

Moindre changement

Et mes oiseaux chantent, chantent toujours mes oiseaux une note si juste, et leur chant, mes oiseaux, continue leur air identique, unique, aussi plaisant, aussi lent le chant de mes oiseaux Alors, que peut-il, de cette forêt, ici, surgir

Rien, apparemment rien, et pourtant, mon être se sent surpris, guetté, comme s’il n’était plus lui ou moi, comme s’il était sorti de son corps, de l’être de son corps, de l’être de mon être, mon être Un autre, je suis cet autre, pleurant, criant, marchant, un sans papier déchiré, un émigré de toutes ces guerres, un vagabond abandonné, un demandeur d’asile en exil, un réfugié sans refuge, un nom qu’on ne nomme pas, un noir, la honte, ma tête baissée vers un pays qui ne lui appartient plus, qui ne lui appartient plus

Je vois les vies de cet étranger nomade défiler sous mes yeux fragiles, presque en larmes mes yeux, presque en larmes, presque en

Pudeur oblige

Quand, un fracas surgit, inattendu

Une bête sauvage qui se rue

Un sanglier

Un cerf

Un fauve

Une trompe, une défense, une dent d’éléphant

Terrifié

Mon coeur est terrifié

Non

Le tonnerre

Impossible

Mon ciel qui s’éventre

Non

Et non

Mon ciel est bleu, parfaitement bleu

Parfaitement

Oui, bleu comme le bleu, oui, bleu comme le bleu de l’Auvergne, bleu comme le bleu de l’encre, bleu comme le bleu de la mer, le bleu de toutes les mers et de toutes ces ancres échouées, mon ciel

Bleu au genou

Alors, que peut-il bien m’arriver

Alors

Je m’interroge

De nouveau le silence, mon silence, un cri qu’on étouffe derrière un bosquet ou une butte, un mot entre les fougères, écrasé au fond d’un fossé

Rien

Mon nid toujours entre mes mains

Mon pays douillet

Mon pays désert

Mon pays

Mon

Intermède

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Audience

Audimat

Télévision

Fiction

Réalité

« C’est l’histoire d’un homme qui avance avec son nid pour le redonner aux oiseaux migrateurs » Points de suspension

Questions

Emotion

Action

Reprise du feuilleton

Sur mon chemin, aucun éclaireur, aucun marcheur, aucun signe de vie

Mon corps est livré à sa plus absolue solitude

Un abîme dans mon café noir, sur le clavier portatif de mes nuits

Mes yeux balaient mon écran de nid

Mes yeux pensent à mon adolescence

L’inconnu

Mes peurs

Mes désirs

Mon audace

L’audace d’aimer

Communier avec la nature dans ce qu’elle a de plus pur à offrir

La nature

Donner et recevoir

La nature

Mes yeux cessent de penser à l’agression qui pourrait surprendre mon coeur pour prendre soin maintenant de mon nid

Mon nid est devenu la préoccupation de chacun de mes instants

Mon nid

Chaque battement de mon coeur

Chaque cil de mon visage

Chaque île de ma vie

Le soleil brille

Mon nid est entre mes mains

Je vais le rendre à mes oiseaux qui l’attendent

Je suis cet homme heureux en paix avec le ciel qui va rendre son nid à ses oiseaux

Parfaitement

Parfaitement

Plus rien ne peut interrompre mon dessein

Mon corps ému s’approche du carrefour aux cinq chemins de nos vies

Mon corps est maintenant devant l’arbre de ma vie, prêt à y placer mon nid

Près, tout près

Partie deux

Zapping sur le monde

Parti d’eux, mon nid

Qu’importe l’audimat

Couchés, mes yeux scrutent toutes ces artères en dehors de cette terre endormie

Couché, mon arbre est au ciel déraciné

Hurle mon coeur pétrifié

Il y a un trou, un profond trou qui jaillit là, où mes racines s’unissaient au ventre fertile de ma terre

Mon soleil brille

Mon ciel est bleu, d’un bleu si pur, si parfait, si révoltant, si parfaitement révoltant et pur, mon ciel Les rafales de vent, les nuages gris, l’obscurité de la nuit terrifiante, tout ça est bel et bien fini

Mon arbre est abattu et feinte de se reposer si silencieusement dévêtu

Mes lèvres se délient

Tu te montres encore en vie mon arbre, mais comment peux-tu vivre, mon arbre, de tes envies, mon arbre, quand tu as perdu dans un délit, mon arbre, ce qui te liait à la vie, si tendrement, si doucement, mon arbre en délire

Parfaitement

Demande mon coeur transi à mon coeur épris, un nid éperdu entre ses mains

Mon arbre est hors vie à présent, se laissant toucher, caresser, enlacer jusqu’à sa cime, existant dans ce monde, et pourtant, n’étant plus de ce monde

Un arbre si puissant, mon arbre, lui qui, hier, s’élevait vers le ciel des anges, abritant de sa sève tous mes oiseaux, tous mes amis, tous mes rêves, l’arbre de mes amours

Mon arbre était l’aire de jeux favori aussi de mes écureuils, mes petits compagnons de vie, cet arbre que tout le monde contemplait d’en bas, cet arbre que tout le monde admirait, cet arbre qui servait de repère, de phare aux éclaireurs, aux marcheurs dans l’océan vert de leurs pas à pas, cet arbre au carrefour des cinq chemins de nos sens en extase, cet arbre

Où poser dès lors mon nid, où

C’était mon arbre à nids

Je l’aimais

Mon arbre à vivre

Mon arbre à souvenirs

A ces branches, j’y accrochais mes plumes

A ces bourgeons les sons de mes mots

A ces fleurs, mes douleurs

A ces fruits, mes ennuis

Et mes hivers devenaient tout verts des printemps de l’âme de mon arbre

« Baobab »

Je le surnommais

Je le peignais de mes couleurs quand j’étais encore mille enfants aux cheveux blonds bouclés des plages de mes étés, les pieds dans l’eau à jouer avec le monde

L’éclaboussure de l’insouciance, rien que l’éclaboussure de l’insouciance

C’était mon dessin à moi, l’arbre aux racines tendues vers ma piste aux étoiles, une roue de vélo, quelques balles et foulards, un diabolo, un tambourin, le baobab de mes livres d’images, le baobab de mes trépidants voyages, le baobab de mes contes et songes pèle-mêle enfouis dans mon charivari

Aujourd’hui le tambour de mon amour est percé

L’eau s’écoule entre mes doigts et il n’y a plus d’histoire

Plus de nouvelles histoires

Ma nouvelle à peine née se faufile entre les fissures de mes cendres, un instant, rien qu’un instant, la nouvelle d’un instant, ce temps compté, les instants de mes temps perdus à contempler mes bourgeons calcinés

Mes oiseaux viennent de cesser de chanter, cesser de murmurer leur refrain, dans mon ciel embrasé qui a faim

Silence

Dernière frappe

Claquement de mes doigts sur la peau cuivrée de mes cordes vocales

Une corde

Une balle

Un filet

Un dernier fil tendu entre deux continents

Mon clavier posé à même la terre pour écouter ses maux

Partie trois.

L’émoi

Emission qu’on ne regarde plus

Toi et moi

Toi contre moi

Toi avec moi

Moi sans toi

Je suis là, avec mon nid, face à mon baobab couché

Le temps s’est allongé

Plus rien ne bouge

Y-a-t- il encore une vie

Suis-je encore moi-même en vie, ou, tenu éveillé par mon ténu espoir

Mes oreilles se penchent tout contre lui, tout contre lui mon coeur

Le coeur de mon miroir qui a cessé de battre

La sève s’est figée

L’eau s’est évaporée

Mon nid s’est échoué sur une plage d’hiver

Plus aucun chant d’oiseau

Plus aucun

Plus

Mon silence, aussi bleu que mon ciel, immobile

Point

A la ligne

La réalité crue imposée à ma vue

L’objectif de mon oeil, l’objectif de mon oeil réalise un gros plant sur l’instant

Une feuille tombe, puis une autre, puis une autre, puis une autre, puis

Telle une fatalité, une tragédie, une pluie de pages effacées sur mon paysage de liberté

Le théâtre, le théâtre de mon corps assiste impuissant à l’hécatombe du micro-dictionnaire de ma tête

Trente huit mille mots qui s’échappent sur le bout de ma langue

Qu’y puis-je, à la déliquescence de mon adolescence

Derniers maux à résoudre d’une crise finale

Il ne me reste plus qu’une idée fixe, un puits qui martèle les parois de mes pensées

Où poser mon nid

Où poser mon nid

Où poser mon nid

« Vous me ferez cent lignes de ce sang versé, de ce rêve abattu »

Dit le professeur d’histoire et de géographie

Rien n’est fini

Avec stupeur, mon regard découvre devant mes pieds glacés des étendues de baobabs meurtris, des lits de baobabs offrant leurs derniers cris, leurs derniers soupirs à des anges déçus, à des anges déchus, à des anges, à des

Ah

Mes lettres marchent, mes lettres marchent, comme sur des braises de plumes, avec mon nid ensanglanté

Ah

C’est donc ça, ça, la chambre noire, la cour ovale, le laboratoire interdit du développement de l’embryon de la vie

C’est donc ça, ce « ça » étendu sur le divan de mes angoisses d’existence traversant les déserts des champs de mes mots infinis d’interrogations à n’en plus finir

C’est donc ça, mon ça des pulsations de mes pulsions

Que peut-il bien tomber sur mon crâne dégarni, maintenant que tout est à terre désuni, éventré, saccagé, pillé, piétiné, violé, irradié

Rien, sinon la conscience de mon impuissance à redresser l’amour de la vie

La vision de chaque arbre en larmes pénètre mes veines

Mon corps est devenu chaque arbre dévêtu

Mon corps est un des leurs

Mon corps vit leurs chants nés de leur espérance

Un leurre, certains affirmeront, un leurre, rien qu’un leurre, et puis

Ma foi, je préfère cette fois, au vide, boire la moitié de mon verre rempli

Il ne reste plus qu’à me coucher, me glisser parmi ces troncs sans toit, et attendre, et attendre, attendre quoi, et attendre qui, t’attendre, t’attendre dans le noir, tendre vers toi, vers ta lumière, attendre une réponse de toi

Mes mains tendent leur nid sur le nombril de mon tronc

Mon nombril observe le ciel

Tu me sembles si éloignée et si proche à la fois, ma mer étoilée au clair de lune

J’entends ton sourire qui fredonne

« Au clair de la lune, mon ami Pierrot… Donne-moi ta plume que j’y écrive un mot… »

Rien qu’un mot, rien qu’un mot

Allume cette lumière maman

J’ai peur de la nuit

J’ai quarante ans, je n’ai plus vingt ans

J’ai perdu le courage de hisser l’étendard de « La grande évasion »

J’attends la mort comme un soldat blessé dans un pré de pommes de terre alitées, par solidarité, par solidarité avec l’humanité, avec toute l’humanité, toute

Bientôt sa disparition

Le nid de mon verbe pleure sur mon nombril

Ma vie se ralentit

Ma tête s’évapore, pore après pore, consonne après consonne, voyelles de mes ailes, une à une, tout en douceur, tout sonne et tout résonne, tout, ce n’est pas si terrible, ce tout, qu’une expiration, l’extinction de mon sang

Ma peau blanche et noire, d’un triangle d’or, sent la fraîcheur de l’humus sous l’écorce de mes os qui dorment, un tapis de mousse qui apaise mes sens, il y a encore un peu de vie, un tout petit peu de vie, un tout petit peu, là en dessous, en dessous là, de là, de l’au-delà, mes branches, mes brindilles, tes plumes, tes caresses, ces bourgeons qui bercent l’envol de mon nid vers le soleil qui se lève et marche un peuple de graines de baobabs qui se réveille de ses blessures, les douleurs d’un accouchement, la soif d’un nouveau-né, le cri qui jaillit de la vie, mon nid

L’imaginaire fait vivre une nouvelle poétique

Voici ma nouvelle politique, philosophique, ainsi, elle débute et finit

J’imagine que rien ne peut contraindre la vie, j’imagine que la vie souffle comme un océan de mots, plus présente que ce que je ne peux percevoir d’elle, la vie.

Mes yeux ferment mes yeux

Je songe à mon père et à ma mère, à leur amour qui m’a donné cette vie

Je songe au nid où je suis né

Je songe à mes origines

Je songe à mes amis

Je songe que je ne peux les abandonner mes origines, mes amis, mes écureuils, ma forêt de l’est

Je songe à mon chien, à la fidélité de mon chien

Je songe à nos promenades du dimanche entre les arbres

Je songe encore à mon chien

Je songe à cette Afrique

Je songe à cette Afrique que je n’ai jamais vue mais que je dessine dans mes nuits

Je songe à ce baobab qui m’éclaire

Je songe à ce cirque Baobab qui m’émerveille

Je songe à toutes ces pensées qui traversent ma tête, sautent la barrière de ma raison, bondissent sur un fil en équilibre

Je songe

Je songe à toi

Je songe à toi mon amour

La peur

Quelle peur

Quel vertige

Funambules du ciel, où êtes-vous mes chers oiseaux, mes chers oiseaux migrateurs, où

Je crie au ciel les yeux fermés

C’est alors, c’est alors qu’un oiseau se met à chanter, un oiseau arc-en-ciel, un oiseau aux plumes d’ange, un oiseau aux ailes d’or, un sifflement de vie au soleil couchant caressant mon corps J’ouvre les yeux comme un enfant qui tend sa soif

Un oiseau

Mes yeux cherchent

Aucun

Aucun oiseau ne nage dans les flots du ciel retiré

Aucun

Je suis là dans ta tête, me siffle l’oiseau de la mer

Isolé, dans ta tête toute bleue

Et maintenant je glisse sur ton cou, tes épaules, tes bras, tes mains, ta poitrine, ton nombril, ton bassin, tes jambes, tes pieds

Et tout mon corps d’arbre-oiseau se met à se déhancher et virevolter sur la terre qui tremble et qui tremble

Il pleut, il pleut comme il n’a jamais plu, une mousson de révolte

Ma terre se réveille de tout ce qu’on lui a fait vivre, des mots de pioche, des mots de hâche, des mots blessants, des mots de sang

Un oiseau chante

Un oiseau chante dans mon nid dormant délicatement au creux de mon nombril

Prends ton envol

Je crie

Prends ton envol et fais ta vie

Pardonne au monde des hommes de n’être que des hommes et envole-toi mon ami vers ton nid Mon corps se lève et le suit

J’ai peint pour toi avec mes mains nues le nid de mes maux

Epilogue

La télévision est éteinte

Fin de la retransmission en direct du match

Mon hiver est clos

Mon printemps resplendit

Notre baobab, majestueux, s’élance, victorieux, vers le ciel

Nos oiseaux migrateurs se préparent pour le grand départ

Un long voyage au-dessus des aiguilles du temps

Un commencement

Mon être accouche de sa nouvelle vie, tranquillement, tranquillement

Sur l’autre rive, apaisé, nourri, mon coeur se réveille, grandi, au pied de mon arbre abreuvé

Nos oiseaux atterrissent et nous embrassent, retrouvant la tendresse de leur nid de duvet qui les accueille de ses bougies flamboyantes

Joyeux anniversaire papa, maman, mon chien, mon oiseau, mon arbre, mon écureuil, mon ami, ma nature, ma compagne

Je me lève et je marche, pensif

Un nid

Un nid sur mon chemin

Mon être voit ce nid

Mon être tend les mains vers ce nid

La cloche retentit

Le temps s’est écoulé

Je rends ma copie

Qu’importe ma note

La vie est possible

J’écris

Je crie

Je chante

La vie est possible

La vie est

La vie est un nid de désirs

Cette nuit

Un oiseau bleu chante dans ma tête

Thierry Rousse
Fontainebleau, le vendredi 27 mai 2011 - Médiathèque L'Astrolabe, Melun (77), Atelier d'écriture animé par Isabelle Buisson
Nantes, le jeudi 13 juin 2024 (relecture)
"Une vie parmi des milliards"

Ex-In-Ex-In

Une vie parmi des milliards

Ex-In-Ex-In

De l’extérieur à ton intérieur

Jaillit le souffle que tu as reçu

Ex-In-Ex-In

Le désir qui guide ta main

Lettres tracées sur sa peau

Ex-In-Ex-In

De son extérieur à son intérieur

Vibre son cœur

Fait mouvoir son corps nu

Ex-In-Ex-In

Tous les mots dansent

Et s’enlacent

Ex-In-Ex-In

Dans la profondeur de l’univers

Ex-In-Ex-In

De son extérieur à ton intérieur

Ex-In-Ex-In

De ton extérieur à son intérieur

Ex-In-Ex-In

Vos âmes se dévoilent

Dans un océan de sable

Ex-In-Ex-In

Roulent

Et s’enroulent vos esprits

Ex-In-Ex-In

Tourbillons de pensées

Ivres d’amour

Ex-In-Ex-In

Thierry Rousse
Nantes, jeudi 13 juin 2024
"Une vie parmi des milliards"
"Douze lunes et soleils"

Douze lunes et soleils avant l’été

Une vie parmi des milliards

1

Quand tu parles de peur

Je parle du désir d’aimer

2

Quand tu dis de l’étranger

Qu’il cause notre perte

Je me demande qui tu es

3

Qui a inventé les frontières

4

Qui a créé la terre

5

Qui a engendré la vie

6

Quelle est ton dessein profond

Sous ton sourire de satisfaction

7

Es-tu si altruiste

Que tu le dis

8

Je traverse les collines de vignes

Ta lumière me sourit

L’ivresse de ton amour

Est mon guide

9

J’ouvre mon coeur à ta vie

10

Qui aujourd’hui décide de me soigner

Ou de me laisser souffrir

Mon semblable est-il toujours mon frère

11

Je porte la croix de ma douleur

Le rejet de mon semblable

Qui n’a pas voulu me soigner

Qui m’a ignoré

12

Le tu es multiple

Console

Ou

Tue

Thierry Rousse
Nantes, mercredi 12 juin 2024
"Une vie parmi des milliards"
Douze lunes et soleils

Pensées vagabondes

Une vie parmi des milliards

Il est des lieux

Des moments

Où tes mots lus à voix haute

Passent sous silence

Rien

Personne ne vient te dire un mot

Rien de ce qu’une oreille a ressenti

Rien

Aucun commentaire

Tes mots ont-ils laissé tout le monde monde indifférent

Tu leur avais offert tes mots

Et tes mots te restent comme un bouquet entre tes mains

Et dans leurs discussions autour d’un verre

Tu es planté là comme un être invisible

Tu cherches à te frayer un chemin

Avoir une contenance un verre à la main

Tu te rapproches du monde

L’écoutes

Cherches à entrer dans ses conversations

Personne ne te regarde

C’est sûr maintenant

Tu es l’homme invisible

Tu pourrais être là

Comme ne pas être là

Qu’est-ce que ça changerait au fond

Alors tu regardes tous ces livres

Tu t’occupes comme tu peux

Pour sembler exister dans le monde

Etre affairé

Débordé

Pour ne pas avoir à livrer aux regards du monde l’état de ton désarroi

Boire

Grignoter

Occuper tes mains

Chercher les toilettes

Les toilettes se trouvent bien quelque part cachées

Le refuge idéal pour sortir de cet enfer

Quand l’enfer est devenu les autres

Sartre avait-il raison

Dans ce huis clos

Quand tu te sens vraiment inexistant

Le téléphone devient ton sauveur

Appeler qui tu peux

Te relier à une personne qui t’écoute et te parle

Sortir enfin de cet enfer

Rejoindre une petite bulle de paradis

Pourtant l’échec est bien là

Bien présent

Ce silence et ce rien

Tu as tort pourtant de te méfier des apparences du monde

Une voix vient enfin discrètement te parler

Te dire

Comment tes mots ont réveillé en elle une partie oubliée de son existence

La voix te remercie

Te partage un brin de sa vie passée

Et tu revis

Tes fleurs portaient ce soir-là un parfum invisible

Il est d’autres soirées ensoleillées

Que tu as envie de prolonger

Déambuler dans les allées

N’être qu’un piéton nomade

Entre luisants pavés

Et coulée verte

Un air de liberté

L’été semble avoir remplacé pour de bon l’hiver

Mais la vie franchie à chaque pas t’a appris

Que rien n’est vraiment acquis

Alors en profiter

Répondre à tes envies

Avant que ne revienne Madame la pluie

T’asseoir à une terrasse

Où trouver ta place

Pour observer le monde

Traversé de ses ondes

Commander un couscous

Pensées mélancoliques et douces

Revoir les remparts d’Essaouira

Un tramway te sourira

De ses couleurs vives

Un dimanche soir

T’offrir le temps d’un répit

Avant que cette douleur ne te relance

Sur toute ta joue comme une lance

Te prenne jusqu’aux tripes

Mal de dents

Mal d’amour

Quand à la vie tu t’agrippes

Instant fragile

Tu te faufiles

Dans ces divertissements

Pour échapper au défilement

Des années

Des journées

La scène aux Fleurs du Malt est aux Drag Queen

Entre extravagance et spleen

De leurs métamorphoses

Ces artistes défendent leurs causes

Le droit d’exister

Dans leur propre identité

Homme

Femme

Mélangés

De quels sexes

Es-tu né

Un peu des deux

Si ce n’est des dieux

Pensées vagabondes

Sur les cimes du monde

Les résultats sont tombés

De quelle Europe rêves-tu

Quand montent les extrêmes

Aucune cause n’est trouvée à ton mal

Tu souffres en silence

Comme notre Mère la Lune

Incapable d’éclairer ces cœurs perdus

Il est des lieux

Des moments

Où tes mots lus à voix haute

Passent sous silence

Mais méfie-toi des apparences

L’amour entre en résistance

Thierry Rousse
Nantes, mardi 11 juin 2024
"Une vie parmi des milliards"

Le Collectif d’Olympe

Une vie parmi des milliards

Y’a un collectif dans ta tête

Tu l’imagines

Tu le dessines

Déjà tu vois la grande fête

Rien que penser à cette idée t’es content

Mais c’est quoi dans le fond votre idéal vraiment

Quels fondations valeurs et buts vous rassemblent

Crois-tu qu’vous êtes foncièrement ensemble

Les yeux palpitant alignés au départ

Flambloyants motivés visant la même gare

Y’a un collectif dans tes mains

Tu l’imagines

Tu le dessines

Déjà tu vois votre commun

Rien que penser à cette idée t’es content

Mais c’est pas un peu l’utopie dis-moi si j’mens

Quels fondamentaux vous motivent c’est la vie

Que vous aimerez à bâtir votre projet

Ou cette glorieuse excellence d’un prix

Que vous chercherez dans vos égos à gagner

Y’a un collectif dans ta tête

Tu l’imagines

Tu le dessines

Déjà c’est plus vraiment la fête

Tu attends un temps patient impatient

Qui sera debout sur le chantier présent

Sur cette place tu t’adresses à toi-même

La fraternité tu veux partout qu’elle essaime

Ce jardin que t’ imaginais à plusieurs

Déjà tes futurs amis sont partis ailleurs

Y’a un collectif qui s’efface

Au fil du temps

Pages qui passent

Idées mots s’envolent au vent

Y’a un collectif oublié

Jardin en friche

Fin d’une niche

T’as perdu tes équipiers

Reste un soleil chez Louisette

Reflets merveilles sur la Loire

Bals chapeaux ronds et castagnettes

Dansent tes songes tes espoirs

Y’a un collectif dans ta tête

Tu l’imagines

Tu le dessines

Maison sortie des oubliettes

Y a un collectif dans ton cœur

Vois qui arrive

Gagne la rive

Devant la porte pile a l’heure

Y a un collectif qui renaît

De nouvelles voix sur la scène

Dévoilent leurs plus beaux poèmes

Alors chaises on en remet

Y a un collectif qui grandit

Et les anciens reviennent

Julie , Nico, à la tienne

Courons aux vers d’la poésie

Y a un collectif olympique

Un beau monde sans frontières

Nos mots franchissent les barrières

On clame fièrement notre éthique

Y a un collectif dans ta tête

Tu l’imagines

Et tu l’estimes

Ce dessin d’une France ouverte

Y a un collectif dans ta tête

Olympe essaime

La joie qu’on sème

Mais déjà, dansons, c’est la fête

Dans nos yeux

Voyons Dieu

Vivons

Aimons

Buvons

Trinquons

De nos cœurs ouverts

Dessinons le monde

Remplissons nos vers

Et

Formons une ronde

Formons une ronde

Et

Dansons

Dansons encore

Encore

Thierry Rousse
Nantes, lundi 10 juin 2024
"Une vie parmi des milliards"