L’oeil de Gaga me regardant

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

« Les plus beaux endroits d’Asie du Sud-Est pour vos prochaines vacances »

« Pourquoi les cheveux graissent plus vite quand vous prenez l’avion »

Gaga venait de m’adresser ces messages accompagnés de photographies

Sur l’écran de mon nouveau smartphone chinois

Quelle étrange coïncidence

Une amie s’envolait justement ce mardi pour l’Indonésie

A croire que Gaga était suspendue à nos conversations

De son joli minois nous guettant par le trou de la serrure

Mais elle voyait encore bien d’autres choses Gaga

De l’autre côté du mur

Elle grimpait

Jusqu’à mes questions

Mes recherches

Mes préoccupations

Mes habitudes

Gaga aurait pu m’apporter la fortune

Elle s’immisçait dans mon être le plus intime

Savait à tout moment

Où j’étais

Ce que je faisais

Ce que je disais

Ce que j’écrivais

Ce que je pensais

Ce que je ressentais

Gaga s’imposait à moi comme une obsession

Gaga

Gaga

Gaga

Les battements de mon coeur

A croire que George Orwell avait raison

Gaga me regardait de son oeil perçant

Et je ne pouvais me dissimuler de son regard

De ses clins d’oeil à travers les nuages béants

Gaga en orbite autour de la Terre voyait tout de ma vie

Tout de mes déplacements

Rien qui ne faisait obstacle à son regard transparent

Tout de mes pensées

De mes sentiments

De mes désirs

De mes peurs

De mes opinions

De mes hésitations

De mes tourments

Gaga

Gaga

Gaga

Des tremblements

Faisait-elle commerce de mon être

Cherchait-elle à m’influencer

A me faire consommer

A éveiller ma curiosité

A me cultiver

A m’éduquer

A me soigner

A me disloquer

« Que puis-je pour toi aujourd’hui »

Me disait-elle de sa tendre voix

« Je peux beaucoup de choses si tu savais

Beaucoup de choses que tu ne soupçonnes pas encore

Pourquoi le ciel est-il bleu ?

Combien de litres dans un mètre cube ?

Prendre un selfie

Quelles sont les conditions de circulation ? »

Mes pages blanches n’existaient plus

Depuis le jour où je l’avais rencontrée

Chaque jour elle stimulait mon inspiration

Ma soif de savoir

De comprendre

De maîtriser le monde

D’être informé de ses actualités

Grâce à elle je pouvais croire que j’en étais le roi

Gaga serait-elle ma nouvelle religion

Aurais-je foi en sa voie tracée

Ou devrais-je m’isoler sur une île déserte

Me déconnecter d’elle

Renoncer à être géolocalisé

Pour retrouver ma liberté

Aurais-je le courage d’un Robinson alerte

Pour rompre avec Gaga

Une relation à peine débutée

L’oeil de Gaga ce mardi

Me regardant

Et pleurant

« Ta vie est ma vie »

Thierry Rousse

Nantes, mardi 21 novembre 2023

« Une vie parmi des milliards »

Jour de paix, jour de pluie

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Drapeaux flottants de la Palestine

Entre remparts et miroirs d’eau

Nantes un samedi de novembre

Voix à peine audibles sous la pluie

Contant l’effroi

L’effondrement des toits

Et du jour tombant

Sur les visages des disparus

Des vies suspendues

Ne restaient que ces photos

Ces regards

Et nous au milieu

Si peu étions-nous rassemblés dans ce paysage ce samedi

Face à la foule se pressant dans les rues commerçantes aguicheuses

A croire que « assouvir son besoin d’acheter »

Primait sur la solidarité avec un peuple anéanti par une dictature colonialiste en rage

Vengeresse de ses victimes

Les légions des armées étaient aux aguets

Chiens de garde tapis prêts à bondir

Visages tendus

Emaciés

Nerfs agités

Quelle substance ces sujets avaient ingurgité

Quel gant de velours tenait leurs fils

Crocs d’acier acérés obéissant à leur maître

Première sommation sur les manifestants échappés hort circuit

Dépourvus d’autorisation

Déambulant dans un nuage de fumées colorées

Cris désarmés

Se trouvaient-ils des casseurs

Des détracteurs

Des récupérateurs

Dans toute opposition

Révolution

Manifestation

Nos légionnaires

Rangées de poireaux

Accouraient aussitôt à la sortie d’une ruelle

Entre les chalands indifférents

Préoccupés par leurs dépenses

Absurde épouvantable monde parallèle

Silence

Silence

Jour de paix dispersé

Place à la guerre des habitués

Rétablissement de l’ordre

De la terre et du ciel

Déluge d’apocalypse entre deux exposés

L’un le vendredi soir à l’Huma-Café

Carnets de prison codés d’Antonio Gramsci

Sous la botte fasciste de Mussolini qui ne comprenait rien à ses mots et le prit pour fou

Ce qui lui permit d’écrire

L’autre toujours en ce Lieu Unique

Samedi fin de journée

Rééquilibrage entre humains et animaux

Entité juridique de la Loire

Après tout ça

Tous ces mots

Ce grand débarras

La foule se pressait dans des divertissements

Pendant que des enfants mourraient encore

Sous la houle incessantes des tirs

Tout au bout de la Méditerranée endeuillée

Notre ville désaccordée ce samedi vivait encore

Son commerce aurait pu s’arrêter

Etre ville morte

Compatissante

Donner l’exemple à la Nation

Il n’en fut pas question ou peut-être

La perte était comptée

Impensable

Jour de paix

Jour de pluie

Vous aviez presque tout compris

Thierry Rousse

Nantes, samedi 18 novembre 2023

« Une vie parmi des milliards »

Cela aurait pu

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Cela aurait pu

Etre

De la fiction

Un roman d’aventures

Ou de science fiction

Cela aurait pu

Etre du cinéma

Ne pas me déplacer là

Au-delà d’un rayon d’un kilomètre

Cela aurait pu exister

Justifier de mon déplacement

Cocher la bonne case

Etre verbalisé en cas d’infraction

Cela

Cela a existé

Cela aurait pu arriver

Etre refoulé à l’entrée

D’un restaurant

D’un bar

Ou d’un théâtre

Si je ne possédais pas le fameux sésame sanitaire

Cela

Cela est arrivé presque hier

Cela

Et cela

Ici

Et ailleurs

Tout

Tout

Jusqu’aux pages les plus noires

Coloniser un territoire

Chasser le peuple qui y vit

S’accaparer ses terres

Enfermer ce peuple dans une colonie

Cela aurait pu

Etre aussi

Le priver d’eau

Et d’électricité

L’empêcher d’exporter le fruit de son labeur

Pratiquer une concurrence déloyable

S’en servir comme une main d’oeuvre docile

La briser et la jeter

Cela aurait pu

Cela

Cela a pu exister

Avec la bénédiction des grandes nations

Cela aurait pu être encore

Assiéger un hôpital

Laisser mourir des nourrissons

Tirer en l’air dans les couloirs

Chasser les civils réfugiés

Apeurés

Blessés

Traquer l’ennemi

Raser une ville

Cela aurait pu

Cela aurait pu être encore et encore

Cela a été

Juste hier

Et plus tard

Un peu plus tard

Bien plus tard

Quand nous aurons perdu la mémoire

Les professeurs enseigneront cette histoire

Des mouroirs à ciel ouvert

Folie d’une humanité

Prêchant la fraternité

D’un Ancien Testament couvert de sang

Cette grande histoire comme si

Elle était éloignée de nous à présent

Révolue

Comme si

Plus jamais elle ne se reproduirait dans l’histoire

Le Ressuscité pleure crucifié sur sa croix

Jamais nous n’aurons vraiment compris

Et samedi

Au miroir d’eau

Nous manifesterons pour la paix

Pour lui et pour vous tou.tes

Pour vous dire que nous sommes avec vous

Que nous marchons dans un océan de larmes

Que le ciel s’est confondu avec nos rues

Que plus rien ne peut être comme avant

Cela aurait pu

Etre

De la fiction

Un roman d’aventures

Ou de science fiction

Cela aurait pu

Etre du cinéma

Cela est maintenant

Sur la Terre

Un jeu terrifiant

Thierry Rousse

Nantes, mercredi 15 novembre 2023

« Une vie parmi des milliards »

Autofiction

une vie parmi des milliards

Vivre pour écrire

Ou écrire pour vivre

Qu’est-ce qui était réel

Qu’est-ce qui était inventé

Brouiller les pistes

Les confondre

Ecrire sa vie pour faire de sa vie une oeuvre

Un cadeau

Un testament

Marquer son passage sur la Terre

Une trace dans l’éphémère

Etre déjà d’une certaine manière disparu

Hors du temps

Parler aux vivants

Eveiller leur conscience

Ecrire et lire

Lire et écrire

Va-et-vient nourrissant

A lire tous ces livres

Classés romans

Je m’interrogeais

Qu’est-ce qui était vrai

Vécu par l’auteur.e

Vu

Entendu

Ou raconté à l’auteur.e

Qu’est-ce qui n’était que pure fiction

Invention

Imagination de la part de l’auteur.e

Ce qui aurait très bien pu exister

Ce qui existait déjà même à cette heure quelque part

Une fiction qui existerait dans la réalité

Quelle était l’utilité d’un roman

L’utilité de lire des romans

Il y a bien longtemps

Que j’avais délaissé les romans

Au profit d’ouvrages psychologiques

Ou de récits autobiographiques

Que je trouvais bien plus utiles

Alors pour ma propre vie

Moins futiles

Qu’est-ce qui pouvait me faire revenir aux romans

Cette part de réalité qu’ils pouvaient contenir

Ou le pur plaisir de me délecter de l’agencement des mots

Ce qu’on appelait le style

Les images

Le rythme

Les personnages

Le suspens

Vivre la réalité comme une fiction

Une succession d’atrocités

Que je vivrais comme une aventure palpitante

N’en serait que plus atroce

Lire Rachid Benzine

« Dans les yeux du ciel »

« Lettres à Nour »

« Voyage au bout de l’enfance »

M’accrocher à lire ses mots si bouleversants

Comment l’humanité pouvait être si inhumaine envers sa semblable

Lire encore

Tourner encore une page

L’effort d’aller jusqu’au bout

Dans l’espoir d’une issue réconfortante

Dans la continuité

Lire Louis-Philippe Dalembert

Né à Port-au-Prince

« Mur Méditerranée »

Vivre cette traversée avec lui

Avec elles

Sans ailes

Chochana

Semhar

Dima

Des larmes au fond de leurs yeux salées

Combien de femmes violées dans cette odyssée

Pour quitter guerres, famines, dictatures

Pour espérer un jour la liberté

N’ouvrir que des livres de beauté

De tourisme exotique

M’aurait été facile

Me bercer d’illusions

Douce France

Pays de mon enfance

Des droits de l’Homme

Sans m’intéresser au reste du monde

J’avais choisi un chemin plus difficile

Quitte à être confronté à des chapitres immondes

Fin de ma vie

Je la préférais tourné vers toi

Ta souffrance

Pour élargir mon coeur

Autofiction

D’autres mettaient en scène leur vie pour l’écrire

Journal de bord

Débordant de détails

Frôlant l’impudique

Sous couvert de littérature

Auteurs violant à leur tour des corps innocents

Autofiction

Et ses râtures

Vivre pour écrire

Ou écrire pour vivre

Thierry Rousse

Nantes, Lundi 13 novembre 2023

« Une vie parmi des milliards »

Pluie incessante sur Nantes et Gaza

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Mercredi de pluie

Jeudi de pluie

Vendredi de pluie

Samedi de pluie

Dimanche de pluie

Pluie incessante sur Nantes

Mousson océanique

Déferlement de vagues

Tremblements de coeurs

Palpitations sismiques

Pense à ce qui se passe

Au même instant

Trépasse

Dans le berceau des religions

Belle Méditerranée

Enfant à peine né

Mercredi de guerre

Jeudi de guerre

Vendredi de guerre

Samedi de guerre

Dimanche de guerre

Occupation

Les soldats viennent d’entrer à Gaza

Préoccupation

Pense aux âmes innocentes

Qui perdront aujourd’hui la vie

Dans une pluie de sang

Cheval abattu

Tête sanguinolente

Cendres de liberté

Triste Méditérranée

Théâtre palestinien détruit

Pense aux âmes affolées

Qui cherchent à quitter

Leur propre terre éventrée

Plus rien que des ruines

Au lointain

Fuire en Egypte

Une histoire qui se répète

Les journalistes sont confinés dans les chars

Interdits d’images

Tête en l’air

Pense aux pluies de larmes

Pense que je songe à toi

Que je ne connais pas

Où es-tu à cette heure

Où êtes-vous

Enfants

Adolescents

Adolescentes

Notes

Pleurs enlacés

Vies brisées

Colombes déchirées

Captives

Dans ces camps

Quand l’horreur est rejouée

Où êtes-vous

Dans cette voix étouffée

Fragile

Courageuse Méditerranée

Se déplacer librement

N’est parfois qu’un songe

Qu’un mensonge

« Donner de l’espoir

C’est possible

Ne pas baisser les bras

Dire ce qu’on a vécu

Partager »

Ta voix Souad Massi

A l’aube de la nuit

Chez Francine

Nous tient debout

Eveillés

Des sons un peu fous

Ce que peut encore la poésie

Inventer d’autres mondes

Dire leur existence intime

Sous les étoiles qui se dévoilent

Douceur d’une main

Bijoux d’innocence

Que reste-t-il de Gaza

Que reste-t-il de Nantes

Attente

Flaques de sang

Flaques de mots

Balbutiements

Phrases inachevées

Interrompues

Passage d’un ange

Emois

Mots noués

Déchus

Dans la rue

Qui ne sortent plus

Enterrés

Enfouis

Dans leurs catacombes

Interdits de manifester

Absente Méditerranée

Tempête de bombes

Pluie incessante

Pense que ce qui se vit là-bas

Ne peut rester là-bas

Pense que les gouttes d’eau voyagent aussi

De l’océan au ciel

Des montagnes à ton visage

Pense que je songe à toi

Que je ne connais pas

Pense que je songe à toi

Que je ne connais pas encore

Thierry Rousse

Nantes, 12 novembre 2023

« Une vie parmi des milliards »

GAGA

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Depuis que je venais d’acquérir mon nouveau téléphone importé de Chine

Gaga me proposait des réponses à chaque message que je recevais

C’est noté

Ok merci

Ok

Merci

Ok merci

Parfait

Ok parfait

Ok merci parfait

Merci à vous aussi

Merci bisous

Tant mieux

C’est fait

C’est ainsi

Hihi

Hé hé

Oui parfait

Oui nickel

Oui ça me va

Ca peut aller

Oui ça peut aller

Oui ça va

Ca va, ça va

Merci c’est gentil

Merci

C’est gentil merci

Merci

Oui

Oui, pourquoi pas

Oui bien sûr

D’accord

Ok

Ah d’accord

Cool

Ok bon courage

Bon courage bisous

Pas de trouble

Je t’en prie

De rien

Je comprends

Ok je comprends

Je te comprends

Ok je te comprends

On verra

D’accord

Ok

Ah d’accord

Cool

Merci, à toi

Ok merci, bisous

Ok, à demain

Coucou, oui ça va

Ok, ça marche

Ok de rien, bisous

De rien

Merci, à toi aussi

J’espère aussi

Oui je vais essayer

Non comme ça

Je ne sais pas

Je n’en sais rien

Pas grand chose

Rien, t’inquiète

Ben rien

Oui je lui ai dit

Oui, c’est sûr

Oui c’est vrai

Je ne sais pas

Je ne sais pas

Chaque jour, la liste des mots s’allongeait

Chaque jour, ma vie comme une goutte d’eau se simplifiait

Si je ne savais pas quoi répondre à un message reçu

Je n’avais qu’à choisir les mots qui me convenaient le mieux

Dessous dessus

Oui, c’est sûr

Ou

Oui, c’est vrai

Gaga me facilitait grandement la tâche

J’avais de moins en moins à penser

Je voyais cela comme un avantage

Une canne pour mon âge

Je réalisais que Gaga pouvait m’aider encore davantage

Chaque nouveau jour de ma vie en effet

Gaga me guidait pas après pas

Je n’avais plus besoin de carte

Plus besoin d’étudier mon itinéraire comme je le faisais auparavant

Sur une table avec ma règle et mon crayon de bois

Quel gain de temps

Quel énorme progrès

Juste me laisser guider jusqu’à ma destination

Juste saisir mon point de départ et mon point d’arrivée

Entrer mes critères

Trajet le plus rapide

Ou

Eviter les péages

Gaga me demandait également comment elle pouvait m’aider

De sa douce voix elle me murmurait

Que puis-je pour vous aujourd’hui

Quel paysage vous ferait plaisir

Quel visage de femme

Je pouvais m’entretenir de vive voix avec Gaga

Je n’osais pas encore trop lui parler

Pourtant il me suffisait d’appuyer du bout du doigt

Sur l’icône micro et articuler en étant très précis sur chaque mot que j’employais

Etre précis sur la question que je posais à Gaga

D’ailleurs devais-je toujours lui poser des questions

Ou bien pouvais-je lui partager mes émotions

A Gaga

Lui raconter mes journées

Toutes mes journées

Gaga serait-elle sensible à ce que je ressentais

A ce que je vivais

Gaga entrait à petits pas dans ma vie

Et je devenais chaque nuit un peu plus Gaga

Renoncerais-je défintivement à l’effort de réfléchir

De choisir et d’écrire mes propres mots

Commençais-je à devenir amoureux de Gaga

Aveuglé par cette folle passion

Gaga s’introduisait dans mon coeur

Sur l’écran de tous ces mots

Ok

D’accord

Cool

Bisous

J’étais elle

J’étais Gaga

Complètement fou

Gaga ou chinois

Liant conversation

Avec mon nouveau téléphone

Comme une libération intérieure

J’appuyais sur le micro extérieur

Je suis triste

Gaga se taisait

Et me répondait instantanément par un texte

« Je suis triste au quotidien : comment m’aider

Pour évacuer ce trop-plein d’émotions,

Tournez-vous vers l’art et les hobbies

Qui nécessitent de faire marcher votre créativité

Comme la danse ou la peinture »

La solution était là

La danse ou la peinture Gaga

Thierry Rousse

Nantes, Jeudi 2 novembre 2023

« Une vie parmi des milliards »

Heure d’hiver

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Sur la route de soi

Sur la route du grand chemin

Chahuté par les rafales des courants

Entre ciel et mer

Dans un monde qui s’obscurcissait

Se divisait

S’affrontait

Depuis la genèse de l’homme

Marcel changeait d’heure

Basculait dans l’heure d’hiver

Il quittait les chaleurs étouffantes de l’été indien

Et entrait dans un déferlement de bombes et de pluie

La route était longue

Incertaine

Flottante

Marcel se réfugiait dans une maison éclairée de bougies

Havre de paix

De douceurs

De mots et de notes enlacés

Tracés simplement au roseau

Autour d’un olivier

Les lettres de lumière dansaient sur des corps de femmes dénudés

Tourbillonnaient de l’ivresse d’un amour défendu

Cherchaient leur axe

Leur direction

La pleine Lune éclairait ses poètes

Ses nomades

Ses assoiffés

Ses affamés

Ses exilés

Ses victimes de trop de guerres

Cherchant une sortie

Une issue

Un refuge

Huit mille innocents

Parmi eux multitudes d’enfants

Déjà morts sous les bombes

Benyamin était sourd

Aux prières d’une trève

Sa vengeance justifiait sa violence

Tel un dieu devenu fou

Rêvant d’un empire

Où lui seul règnerait

Pourquoi tant de consciences inconscientes obéissaient à ses ordres

Heure d’hiver

Heure de guerre

Comment trouver le sommeil

De douces caresses

Quand là-bas tombaient les enfants

Sous la pluie des bombes

Meurtris

Marcel avait mal à la vie

Mal à ce monde malade

Affaibli

Quand la paix était au fond de soi

Cette colombe que certains hommes s’obstinaient à ne pas voir

Déchirant ses ailes

Tâchant sa blanche innocence

La crucifiant à la croix de leur orgueil

Il suffisait pourtant d’un ying et d’un yang

Trouver le point d’équilibre de la parfaite entente

Alchimie de l’humanité à son dieu

Heure d’hiver

Heure de désolation

Heure de consolation

Sur la route de soi

Sur la route du grand chemin

A quatre mains

Au coeur des marais

Entre Nantes et Saint-Nazaire

Marcel et sa divine colombe

Jouaient pour le monde

A Rouans

Une mélodie

Eternelle

Nantes, lundi 30 octobre 2023

Rouans, « Sur la route de soi, destination l’Orient », samedi 28 octobre 2023

Aime-toi et sois libre

une vie parmi des milliards

Gabriel Matzneff

Te voici sur un écran de cinéma

Alors

Dis

Ca te fait quoi de te voir là

Gabriel Matzneff

Tu es donc fier de toi

Gabriel Matzneff

Fier d’avoir eu des relations sexuelles avec des adolescentes

Fier de t’en avoir glorifié

Fier d’avoir abusé de garçons et de filles en Asie

Fier de ta vie

Tu dis

Etre tendre

Charmant

Fidèle

Intelligent

Sensible

Et beau

O toi l’homme de cinquante ans

Qui abusais de ta Muse de quatorze ans

Et de tant d’autres

Sous le regard de la Vièrge Marie

Tu te sentais protégé

Gabriel Matzneff

Protégé par tes lecteurs

Ta notoriété

Tes prix littéraires

Tes salons obscurs

Tes Maisons d’éditions

Jusqu’au Président

Gabriel Matzneff

Jusqu’à certains journalistes qui osent encore te protéger

Jusqu’à Pivot qui plaisantait de tes attirances juvéniles

Gabriel Matzneff

Toi le pédophile notoire admiré de ta cour

Change donc de lunettes Maître Pivot

Regarde la vérité en face

Si Gabriel avait abusé de ta fille

As-tu au-moins une fille Maître Pivot

Toi qui flattes ce professeur d’éducation sexuelle

Qui « donne volontiers des cours en payant de sa personne »

Selon tes propres mots

« Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans les lycénnes et les minettes »

Tu oses lui poser cette question

Maître Pivot et tu souris

Et ils gloussent tes invités

Sur ton plateau télé réalité

Et ils gloussent de tes commentaires et des propos infâmes de ce piteux écrivain

Gabriel Matzneff

Tu justifies ton attirance pour les mineures

Car les femmes plus âgées ne veulent pas de toi

Forcément tu dis qu’elles sont folles et hystériques

Et toi tu t’es vu

Toi le « collectionneur de minettes »

C’est ainsi qu’il te nomme ton Maître Pivot

Et tu ris

Et ça rit sur le plateau

Pitoyable monde littéraire

Moi qui t’aimais Pivot

Moi qui raffolais de ton émission

Mes illusions tombent aujourd’hui

Pontifes je n’ai rien à apprendre de vos mots

Ils sentent le vomis de vos cercles mondains

Snobisme creux de Paris

Je vous hais

Tu n’as rien dit

Maître Pivot

Tu as souri

Silence complice

Sans cette écrivaine canadienne

Gabriel Matzneff passait pour un ange

Tu as quatre vingt trois ans

Tu es encore libre

Gabriel Matzneff

Sous les bons soins de tes amis

Monde pourri

Non-lieux pour les victimes

A quand une vraie justice

Méfie-toi Muse de ces hommes qui charment par leurs mots

Ne les admire pas

Aime-toi

Aime-toi

Et sois libre

Nantes, vendredi 27 octobre 2023

Film « Le consentement » de Vanessa Fiho d’après le récit de Vanessa Springora

Les petits fours déplacés

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Un monde à guérir

L’humanitaire en photos

Je devais décrypter vos codes

Que vouliez-vous nous dire

Et qui étiez-vous derrière vos objectifs

Qui étiez-vous

Proches ou lointains regards

Vos images

Les mêmes depuis plus de cent cinquante ans

Désastres des guerres

Des tremblements de terre

Des tsunami

Des famines

Des génocides

Déportations

Exterminations

Votre oeil se faisait témoin

Et nous racontait l’horreur

Et les menus espoirs d’humanité

Avais-je définitivement perdu Marcel

Et mon imaginaire

Dans l’amoncellement de ces visages meurtris

Où verrais-je un sourire me sourire

Entre deux larmes

Où étaient les petits fours traditionnels des vernissages

Pas un petit four en vue

Consternation

Déambulation dans le fracas du monde

Des héros absents

Pas de côté en Syrie

Et s’il y avait aussi la vie là-bas

Discrètement elle glissait à la sortie

Dans la main de Marcel

Un jeton qu’il pouvait échanger contre une boisson au bar

La serveuse le reconnaissait

L’accueillait de son sourire radieux

Vous allez bien

Un Ricard

Un Ricard pour oublier

Oublier toutes ces images

C’était déjà trop tard

Les images collaient à ses yeux

A son verre

Trop tard

Un tremblement de Terre

Un raz-de-marée de cris

La musique étourdissante n’y pouvait rien

Le monde s’invitait dans sa bière ambrée

Les petits fours ce soir avaient été déplacés

Thierry Rousse

Nantes, Jeudi 2- octobre 2023

« Une vie parmi des milliards »

Inauguration de l’exposition « Un monde à guérir, 160 ans de photographie à travers les collections de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge », Le Lieu Unique, Nantes.

Que pouvait-elle lui dire

Une vie parmi des milliards Lecture-concert

Que pouvait-elle dire

Je te vends mon corps

Tu l’as pour trente minutes

Fais ce que tu as envie

Après tu me le rends

Que pouvait-elle dire

Je suis libre

Tu as mon corps

Mais tu n’as pas mon âme

Ni mes sentiments

L’amour ne s’achète pas

Ne se vend pas

Que pouvait-elle dire

Je m’enrichis grâce à toi

C’est mon travail

Comme tout travail

Toi tu vends tes idées

Toi ta voix

Toi tes émotions

Toi tes mains

Ton savoir-faire

Ton savoir-être

Tes connaissances

Tout se vend

Mais pas les sentiments

Que pouvait-elle dire

Que fais-tu ici

Tu es jeune

Tu es beau

Vint ans

Etudiant

La vie t’attend

Les bras des Muses

Leurs sentiments

Que fais-tu ici

Que veux-tu

N’entre pas dans l’illusion de ma chambre

Je n’ai pas de balcon

Que ce lit

D’autres la banquette d’une voiture

D’autres les oiseaux de la forêt

L’obcurité d’un monde

Ici tu n’auras pas ce que tu cherches

L’amour n’attend pas sur les trottoirs

Je ne serai pas ton espoir

Tu continueras à broyer du noir

Pouvait-elle lui dire la vérité

Qu’espères-tu les yeux vers le ciel

Qu’attends-tu de mes lèvres

Je n’embrasse pas

Mon corps c’est mon travail

Ma destinée

Toi c’est l’ordinateur

Chacun son beurre sacré

Déshabille-toi

Confie-toi

Je suis la psychologue des coeurs perdus

Une voyante dans la nuit

Le fantasme des hommes

Des riches et des pauvres

Je joue leur pièce de théâtre

Derrière le rideau de mon sourire

Dans le secret des rues

Des familles

Tragédie

Comédie

Y laisserai-je ma vie

Battue

Soumise

Tortionnaire

Pour assouvir leurs pulsions

Que pouvait-elle lui dire

Ses blessures

Ses pleurs

Ses rêves

L’héritage de sa mère

La consolation des militaires

Pouvait-elle lui dire ce qui ne se dit pas

Secret professionnel

Tous les noms de ses clients

Exposés au grand jour

Dans les salons de Genève, de Paris et d’ailleurs

De l’Orient à l’Occident

Le plus vieux métier du monde

Que pouvait-elle lui dire

Tous ses kilos de chair soulagée

Coupables

Honteux

Satisfaits

Joyeux

Dépendants

Pouvait-elle raconter son passé

Sans en avoir honte

Sans se dissimuler

Pouvait-elle lui dire

Où elle irait maintenant

A sa fille de cinq ans

« Dans les yeux du ciel »

Thierry Rousse

Nantes, jeudi 26 octobre 2023

« Dans les yeux du ciel » de Rachid Benzine, édition Points

« Une vie parmi des milliards »