La page est froissée
Faudrait bien la repasser
Cinq et huit pieds
Pas du tout équilibré
Cinq et sept pieds
Quoi rajouter
Plus que quatre pieds
Laisser tomber
En tout dix pieds
Passer mon temps à compter
Et ne jamais trouver
Sept et six
Complètement
Déstabilisé
Quatre et cinq
J’suis déprimé
A user de rimes en é
Pour exister
C’est bien trop facile
Trop difficile
Pas assez d’pions sur l’échiquier
A écouter les vrais poètes
J’suis dépassé dans ma tête
C’est pas toujours la fête
En vérité
J’aimerais écrire comme Hugo
Être une encyclopédie de mots
Laisser danser mes stylos
Pile au bon endroit
Pour dire mes émois
Qui sonneraient juste
Mais
J’suis plutôt mal parti
Qu’est-ce qui peut bien rimer dans ma vie
Compter sur mes doigts
Faudrait du temps
Et c’que j’ai à dire
Est urgent
J’écris la semaine
C’est pour te dire j’me presse
Les vendredis
J’use d’apostrophes
J’raccourcis mes strophes
Presque tout le temps
J’pose mes mots
Sans calculer
Avant d’les oublier
J’les exprime
Comme ils sont venus
Dans mon corps
Comme ils s’impriment
Du chaos
De ma déprime déguisée
Plutôt genre mélangés
Compléter en vrac
Au fond d’mon sac
J’aimerais qu’cette confusion mentale
Devienne un poème pas cérébral
Des solutions
A toutes mes questions
De trublion
Tirer un sens
Et pas le perdre
Ni m’égarer
Seul sur mon île
Vague horizon
Cibler mon sujet
Viser dans le mille
Propos sensibles
Mais
C’est la panne d’essence
Sur ma voie rapide
J’ai plus d’mots
Dans mon réservoir
Quoi te raconter
Comment me justifier
Me répéter
C’est le troublant
Trou noir
Le déversoir
De mes vides
De mes silences
Dans mes errances
Entre les arbres
De toi
J’suis avide
J’me justifie
Grâce à Léo
Mon clavier tape
Plus vite que mes pensées
Qui me lira encore
À la nuit tombée
Mes yeux sont aussi bleus
Que mes genoux
Sur le quai d’une gare
J’aimerais tellement
Qu’tu me regardes
Qu’tu me gardes au chaud près de toi
Que tu sois mon doudou
Qui veille sur moi quand je dors
Dehors
Quand j’froisse mon visage
En boule d’oreiller tout rond
Pour te réveiller
Toi ma p’tite fée
Me murmurer ce conte
Quand j’suis né
J’pensais
Au monde
Etre
Aimé
Thierry Rousse
Nantes, jeudi 6 novembre 2025
"Une vie parmi des milliards"
Copyright Thierry Rousse
